[un article, tentative de synthèse temporaire des réflexions développés jusqu’ici]
La question par laquelle je me suis intéressé à ce sujet de l’adaptation est celle de l’appropriation des connaissances scientifiques produites par les sciences du climat. Je voulais comprendre pourquoi, alors que l’on dispose d’une formidable quantité d’informations sur les évolutions auxquelles s’attendre, n’en tient-on pas plus compte dans nos décisions collectives, dans les politiques publiques, dans les stratégies d’entreprises[1].
La diversité et la complexité des relations entre le climat compris comme un système physique, les écosystèmes et les systèmes humains et sociaux en font un objet d’interrogation particulièrement riche. C’est un domaine dans lequel on s’est donné une capacité inouïe – aussi parce que le réchauffement est un problème existentiel pour nos civilisations –à décrire les futurs possibles pour anticiper.
L’histoire de la production de ces connaissances, du consensus scientifique (pas uniquement sur l’origine mais aussi sur les impacts du changement climatique), son caractère complètement interdisciplinaire, l’étendue des collectifs de recherche mobilisés[2] me fascinait et me fascine toujours.
J’ai compris, par l’histoire et la sociologie des sciences et des techniques que la vraie question n’était pas pourquoi on ne s’approprie pas les connaissances produites par les scientifiques mais à quelles conditions peut se faire cette appropriation. Faire une différence sur les cours d’action n’a jamais rien d’évident, de naturel. Contrairement à ce que l’on peut continuer à laisser penser dans certaines salles de cours, il ne s’agit jamais seulement d’une question de démonstration, aussi convaincante soit-elle, ou de diffusion des résultats du laboratoire vers la société.
J’ai aussi compris qu’anticiper, c’est forcément difficile. Cette phrase de l’historien Marc Bloch dans L’étrange Défaite, me semble dire de façon extrêmement juste ce que je ne cesse d’observer : « S’adapter, par avance, à une réalité simplement prévue et analysée par les seules forces de l’esprit, c’est là probablement, pour la plupart des hommes, un exercice mental singulièrement plus difficile que de modeler leur action, au fur et à mesure, sur des faits directement observés. » Marc Bloch
A un moment, j’ai cru que le défi était encore dans nos manières de conceptualiser les choses, de représenter les problèmes en oubliant toujours un ingrédient, sans vue d’ensemble. Je me suis donc enthousiasmé pour les théories de la complexité et la systémique, à lire Edgar Morin[3]. Et pourtant, et justement, la question demeurait : ces approches sont là, disponibles, développées, portées par certains depuis plus de trente ans et on ne s’approprie pas mieux les projections scientifiques. Pourquoi ?
Et bien parce qu’on se trompe encore et toujours de défi : le sujet n’est pas (pas seulement) d’expliquer, d’enseigner, de déplier la complexité, il est aussi de descendre dans l’arène, de se mouiller, d’aller vers ceux qui ne sont pas là pour analyser et comprendre, de les intéresser à ce qu’apportent ces connaissances, à ce qu’elles disent de notre monde, à ce qu’elles impliquent pour les décisions à prendre. Il y a besoin de traductions et de traducteurs actifs et engagés. C’est parce que ce constat est et reste absolument central pour moi que c’est au sein d’un think-tank que je travaille. Ce think-tank cherche à associer rigueur dans la production d’analyse et d’expertise utiles au débat public et impact, capacité d’influence auprès des décideurs – par exemple pour tenir compte des résultats sur l’évolution du risque incendie quand se discute le budget des politiques de sécurité civile ou les derniers travaux en hydrologie quand se négocient les contrats des agences de l’eau.
Rendre les connaissances agissantes c’est toujours un travail, un travail de fourmi, au quotidien, nécessitant de les porter dans tous les lieux de discussion et de décision, de suivre les flux de l’activité institutionnelle, politique, économique, de trouver comment articuler ce qui meut nos interlocuteurs, les intéresse avec nos sujets de préoccupation. Et c’est finalement quand cela fonctionne que c’est le plus intéressant pour comprendre. Non pas pourquoi on ne fait pas, mais quel alignement fait que parfois on y arrive ? Cela déborde forcément des questions de la connaissance, cela devient des questions sociales, politiques. Tout simplement parce que la réalité est plurielle et ne cesse d’hybrider des formes de rapports au monde et aux autres.
Le comprendre n’est cependant pas une baguette magique. Le travail quotidien n’en reste pas moins long, fastidieux, chaque allié se gagnant de haute lutte. Et je ne peux pas dire que l’on en soit enfin à savoir bien anticiper. Au contraire, nos travaux à l’Institut de l’Économie pour le climat montrent clairement[4] – en suivant là où sont mis les moyens financiers (car à un moment les discours ont un poids mais c’est bien là où on met des moyens et du temps que des choses se font) – que presque tout ce que l’on fait pour s’adapter aux impacts du changement climatique (aux canicules de plus en plus longues, au niveau de la mer qui monte, à l’enneigement qui diminue, aux pressions sur la ressource en eau qui se renforcent, aux inondations qui se multiplient, aux feux de forêt qui s’étendent à de nouvelles régions…) on le fait en réaction, une fois l’expérience faite de ces impacts, pour rattraper notre retard.
Plus récemment je me suis sérieusement posé la question : est-ce encore le sujet ? Le changement climatique est là et de toute façon on n’anticipera pas assez. On continuera à principalement réagir, à avoir un coup de retard. Le mot même d’adaptation sous-entendant co-ajustement à une réalité déjà là. Est-ce donc bien raisonnable de chercher à s’adapter à ce qui n’est encore que projection, futur virtuel ? Ne ferait-on pas mieux, plutôt que se projeter et de faire des plans, de se concentrer sur le ici et maintenant, de cultiver les solutions « sans-regret » (bénéfiques peu importe comment les choses évoluent) ? Car après tout, une part très significative de ce qui nous permettra d’amortir les effets négatifs des changements climatiques que nous n’aurons pas évités correspond à des enjeux présents et prégnants dès maintenant : renforcer nos infrastructures, physiques (transport, énergie, eau…) comme sociales (protection sociale, assurances…) ; développer des solidarités, travailler à être plus à l’écoute de notre environnement.
Pour s’atteler à ces chantiers, colossaux, on semble avoir moins besoin des sciences du climat ; les projections climatiques paraissent moins indispensables qu’une compréhension fine des systèmes techniques, économiques et sociaux déjà là.
Il y a quand même une petite lumière rouge qui s’allume à la formulation de cette pensée. Ce sentiment que laisser de côté la projection vers le futur, notamment climatique, c’est prendre le risque de gérer encore plus au jour le jour sans se donner de perspectives. Et même en parlant de robustesse de nos infrastructures on risque de surtout miser sur leur agilité, leur adaptabilité au fil de l’eau. C’est déjà en privilégiant l’agilité, l’adaptabilité comme réponses à l’incertitude et à la variabilité du monde économique libéralisé que l’on a peu à peu démantelé les capacités de prospective de nos organisations. On retrouve le monde de l’optimisation tel qu’Olivier Hamant le décrit[5], hyper-efficace sur le moment mais si peu robuste face au changement. On retrouve un monde finalement sans vision, sans réelle épaisseur. Un monde de l’optimisation c’est un monde qui amincit – c’est celui d’une gestion des ressources à flux-tendu, de choix qui ne laissent plus vraiment de marge de manœuvre ni d’interprétation au profit d’une certaine idée de la performance. C’est un mode de l’invariance d’échelle qui permet de simplifier tous les processus. C’est une forme de déterminisme assez sournois, qui sous couvert de capacité à toujours s’adapter, cache une certaine passivité face à des changements que l’on ne cherche plus à prévoir, que l’on se contente de subir – certains ayant plus de capacité que d’autres à encaisser.
C’est à ce point que je me souviens qu’au tout début, mon intérêt pour les savoirs scientifiques sur le climat est avant tout une fascination pour les pratiques qui les produisent, pour l’aventure scientifique, collective, pour l’étendue des possibles explorés. Derrière les rapports du GIEC, les 14 000 articles revus sont assis sur les épaules de décennies de recherche que l’on pourrait faire remonter aux prémices des sciences de la météo. A ce moment où l’on a commencé à se dire (et à avoir les outils pour le vérifier) que cette dépression que l’on avait vue se former au large de la Bretagne était la même que celle qui précipitait à présent à Paris. A cette époque où scientifiques et administrateurs ont patiemment organisé le relevé systématique des mesures du temps (température, pression, nébulosité…) par des réseaux de petites mains, professeurs des écoles normales ou capitaines de la marine marchande. A ces épisodes qui ont mené à construire les outils, les institutions, les protocoles… pour espérer ne plus seulement observer mais comprendre et même prédire – parce que c’était fascinant pour les lecteurs des journaux du 19ème siècle, parce que c’était utile pour aménager le pays, faire pousser de quoi nourrir les populations, pour naviguer, commercer, guerroyer, parce que ça nous a toujours touchés, le temps qu’il fait[6]. A ces premières intuitions selon lesquelles en appliquant quelques équations point à point on pourrait prédire le temps.

Ces sciences m’ont fasciné par la puissance et la beauté de la physique sur laquelle elles s’appuient – moment magique où l’on en prend conscience – la danse des masses d’air entraînées par la rotation de la Terre. Élégance de la thermodynamique et de la mécanique des fluides. Par la capacité à imaginer des possibles aussi, climatiques mais pas seulement : des possibles voyages, de navigation, d’aménagement…
Ce n’était pas d’abord l’utilité, l’impérieuse nécessité de tenir compte de ces savoirs qui m’a plongé dedans. Non, c’était tout ça, toutes ces pratiques qui épaississent notre vision et notre compréhension du monde, en partant tout simplement du temps qu’il fait.
Le cœur de ce que je souhaite dire ici est qu’au-delà de la capacité « prédictive » de nos outils, de nos modèles, de nos équations, c’est ce pouvoir là des sciences, celui d’enrichir notre expérience du monde, qu’il faut continuer à cultiver. Même si probablement différemment qu’au 19ème ou 20ème siècle.
Pour les sciences du climat cela implique peut-être d’inverser le principal mouvement qui les a animées au cours des dernières décennies. Après être montées en échelle et en abstraction, il est nécessaire d’atterrir et de se rapprocher des effets du changement climatique au plus près des expériences vécues.
Pour établir un consensus sur l’origine humaine du changement climatique il a fallu réussir à partir de données très locales (des carottes de glace, des cernes d’arbre, des mesures de concentrations de CO2 à l’observatoire de Mauna Loa, des révélés de température à différents points du globe…) à monter en échelle pour écrire une histoire cohérente du climat global. Il a fallu monter en abstraction et découper le monde en une grille pour résoudre les grandes équations physiques à chaque point et modéliser ainsi le système climatique.
Pour accompagner, soutenir les démarches d’anticipation des effets du changement climatique et d’adaptation à leurs impacts il faut au contraire territorialiser (faire atterrir) les analyses, passer des modèles globaux à des impacts locaux. Il ne peut cependant pas « juste » s’agir du même trajet que celui que nous venons de décrire, en sens inverse. Il ne s’agit pas que de descente d’échelle. Bien entendu les projections climatiques régionalisées grâce à différentes techniques downscaling (statistiques, modèles régionaux) sont nécessaires. Mais elles ne sont pas suffisantes face à un monstre de l’incertitude qu’il ne s’agit pas de vaincre mais d’apprivoiser ni face au constat tel que le résumait la formule de Marc Bloch.

Je ne cesse d’observer que ce n’est pas la précision de la donnée qui est le frein à l’anticipation[7]. Territorialiser, faire atterrir les sciences du climat c’est autre chose, c’est faire attention aux lieux. Épaissir ces indicateurs d’informations d’une autre nature, descriptives, pas forcément modélisable.
Grégory Quénet, historien de l’environnement a décrit[8] comment la discipline géographique, « science des lieux » historiquement descriptive, mais « complexée » de ne pas être suffisamment explicative, de ne pas savoir monter généralité était devenue une science de l’espace pour accompagner les politiques d’aménagement du territoire. Des longues monographies qui faisait attention à nommer chaque détail d’un lieu donné on est passé aux pictogrammes et aux flèches de flux de grandes cartes assez indifférentes aux particularités locales. Pour lui, la crise écologique actuelle appelle à réinventer une nouvelle science des lieux, nouvelle car qui doit à présent composer avec un sol instable.
Les sciences du climat ont cette capacité à retisser d’autres relations et à ne pas voir que les lignes droites des invariances d’échelle entre local et global. Elles ont la capacité de nourrir aussi de nouvelles sciences de l’adaptation. Il faut se souvenir que la construction d’un modèle ne peut pas se résumer à l’écriture de lignes de code depuis un bureau mais s’appuie obligatoirement sur des aller-retours constants avec des mesures de terrain pour ajuster, valider les hypothèses, pour paramétrer les modèles[9]. On ne peut par ailleurs que constater que l’expertise sur le climat est devenue, au fil des années, de plus en plus multidisciplinaire (voire interdisciplinaire). Les modèles se sont complexifiés par couplages successifs pour représenter plus justement les interactions océan-atmosphère, puis intégrer la végétation et les dynamiques écologiques, mieux décrire les échanges avec les systèmes humains, etc.[10].
Il est nécessaire d’aller un cran plus loin justement parce que l’adaptation consiste à rapprocher les connaissances scientifiques sur les évolutions du climat de l’expérience des conséquences de ces évolutions. Il faut mettre la connaissance produite par les pratiques scientifiques au travail et laisser ce processus affecter la production même de ces connaissances. Cela exige non seulement de construire des scénarios et de faire tourner des modèles, mais aussi d’étudier les interactions du climat avec les systèmes techniques, sociaux et les écosystèmes et donc de comprendre en détails et en contexte comment tous ces systèmes s’influencent et se répondent, quelles sont leurs points de rencontre, leurs sensibilités, etc.
C’est quelque chose de peut-être plus facile à toucher du doigt quand on parle de la compréhension du climat actuel. C’est d’ailleurs exactement ce qui est fait, lorsqu’au lendemain d’un évènement climatique particulier, on effectue un travail de « retour d’expérience ». Un tel exercice, généralement conduit par les autorités compétentes (par exemple la préfecture ou les équipes d’opérateurs particulièrement impactés comme les gestionnaires d’infrastructures) consiste à relever les traces de ce qu’il s’est passé, à comprendre quels enchaînements de causes ont amenés quels enchaînements de conséquences, à autopsier les dysfonctionnements, à comprendre ce qui aurait pu se passer autrement, ce qui pourrait être mis en place dans l’éventualité où un évènement similaire se reproduirait, parfois à attribuer des responsabilités, etc.
Un tel exercice, prenant appui sur le passé récent peut également être un excellent point de départ à une démarche d’adaptation, même aux changements climatiques à venir. C’est par exemple, sous une forme un peu particulière, ce qui a été fait par la ville de Paris au travers de la mission « Paris à 50°C[11] ». Lancée à l’initiative d’un élu au Conseil de Paris, cette démarche[12] a consisté à réunir une commission d’élus qui ont enquêté (notamment via un travail documentaire et une série d’auditions) sur le déroulement des vagues de chaleur que la ville a connu pendant les étés 2003, 2019 ou 2022. Bien que fortement ancré dans ce vécu réel, il s’agissait pour les membres de la mission d’interroger les vulnérabilités et les capacités d’adaptation de Paris aux vagues de chaleur futures, en étant bien conscient que les évènements récents n’étaient qu’un « petit » avertissement de ce que le changement climatique rend possible.
Cette démarche – qui a par ailleurs eu un très grand succès pour interpeler et mettre à l’agenda les sujets d’adaptation urbaine – est particulièrement intéressante car elle donne corps à ce qui semble être la meilleure manière d’approcher ce défi. Manière qui est celle mise en exergue dans les rapports du groupe 2 du GIEC (celui consacré aux impacts du changement climatique et à l’adaptation). Comme cela peut être lu dans les chapitres consacrés aux processus d’adaptation (chapitre 17 du 5ème rapport d’évaluation et chapitre 2 du 6ème rapport d’évaluation), les démarches d’adaptation ont pendant longtemps été vues comme des démarches « science-first », basées sur les impacts : on part des projections et on se demande comment seraient affectés les systèmes (les êtres vivants, les communautés humaines, les infrastructures, etc.) exposés à ces impacts et ce que l’on peut faire. Cette approche qui reste la plus intuitive n’est cependant pas la plus efficace, au sens où elle ne produit souvent pas grand-chose de plus que des analyses assez « froides ». Dans son dernier rapport, le groupe 2 du GIEC remarque que les approches qu’il décrivait comme « context-first » ou « vulnerability-based » sont en fait celles qui fonctionnent le mieux et que l’on voit en pratique se développer là où l’adaptation est effectivement prise au sérieux. Dans ces cas-ci, on part de la description des vulnérabilités du système qui nous intéresse, qu’il s’agisse d’un bâtiment, d’une forêt ou d’une entreprise, on cherche à comprendre en quoi il est sensible aux conditions climatiques, quelles sont ses fragilités avant de les confronter aux futurs climatiques possibles.
C’est déjà quelque chose que j’avais eu l’occasion d’expérimenter alors que j’étudiais, dans le cadre de ma thèse, le cas de SNCF[13]. Je m’intéressais alors spécifiquement à la ligne ferroviaire entre Montpellier et Perpignan et m’étais rendu compte qu’il était très difficile de d’interroger les agents de l’entreprise sur les besoins d’adaptation au changement climatique. Après toute une série d’entretiens, nous avions (avec les différents partenaires du projet de recherche) décidé d’organiser un atelier réunissant des représentants de toutes les composantes du système ferroviaire : des responsables de l’infrastructure, de la maintenance, des circulations, des gares, etc. Mais au lieu de commencer par leur exposer des cartes d’exposition ou des graphiques d’évolution de tel ou tel paramètre climatique, nous sommes revenus ensemble sur les fragilités mises en exergue par les évènements climatiques récents. Après une première discussion croisée à leur sujet, nous leur avons présenté le scénario plausible d’une vague de chaleur précoce dans un futur à moyen terme. Ce scénario avait été construit spécifiquement pour appuyer sur les fragilités relevées ou supposées à partir des possibles climatiques. Il s’agissait de trouver dans les projections des climatologues ce qui pourrait être une situation problématique pour le système ferroviaire (« what could go wrong ? »). Dans ce cas particulier, nous avions par exemple noté qu’une grande partie de l’organisation de SNCF face à la chaleur reposait (en 2016) sur des actions de préparation (ex. révisions des climatisations, constitution de stocks de bouteilles d’eau, tournée de maintenance de composants sensibles…) effectué à la fin du printemps. Nous supposions donc qu’une vague de chaleur qui interviendrait avant que tous ces protocoles soient mis en place serait particulièrement problématique. Or, en regardant les sorties de modèles climat on se rend compte que c’est tout à fait possible. On a donc imaginé les paramètres d’un tel évènement climatique pendant l’un des ponts de mai, période d’affluence critique pour le trafic voyageurs. En présentant ce scénario (sous forme de « storyline ») comme on présenterait un bulletin de vigilance météo et en demandant aux agents, qu’est-ce qui pourrait arriver dans ce cas-là, ce qu’il ferait on a initié une discussion très riche, dépliant des chaînes de conséquences possibles, identifiant de nouvelles vulnérabilités mais aussi des pistes d’adaptation. Au-delà de ce premier scénario problématique on a pu faire émerger d’autres situations de ce qui pourrait « mal tourner » : des épisodes qui se succèdent au cœur de l’été, de la chaleur qui se prolonge au sud de la région alors que plus au nord les premiers épisodes cévenols se manifestent empêchant certaines opérations de maintenance ou mettant à l’épreuve dans la durée les RH de certaines équipes, etc. On ne parlait alors plus d’hypothèses climatiques lointaines mais déjà de conditions qui pourraient affecter très concrètement l’exploitation du système et le travail des agents.
Une des raisons pour lesquelles cet atelier a fonctionné, est que j’ai eu la chance de pouvoir travailler directement avec une chercheuse en climatologie (elle aussi en thèse). Le travail d’entretiens que j’avais conduit me donnait les éléments pour comprendre quels types de situations seraient particulièrement impactante pour SNCF et en parler avec elle. Sa connaissance des projections climatiques lui permettait de déceler à quelles réalités climatiques possibles cela faisait écho et d’en parler avec moi. Le tout ayant été un processus itératif pour ébaucher notre scénario de travail.
Travailler ainsi, c’est aussi accepter de tâtonner ensemble, de casser la distance entre le vécu de ceux qui doivent s’adapter et les données climatiques, de moins séquencer les démarches, d’être créatif aussi (car au final ce scénario de travail a été le déclencheur pour une discussion qui l’a largement dépassé, il a surtout permis de déplacer les échanges vers la possibilité même de futurs climatiques différents). A aucun moment ce scénario n’a été pris comme une prévision de ce qui allait se passer, il a pleinement joué son rôle de spéculation sur les possibles. Spéculations néanmoins fondées sur la science, les sorties de modèles climatiques (avec leurs incertitudes) ayant très sérieusement été pris en compte pour borner les possibles envisagés.
Je m’arrête là deux minutes sur ce terme de « spéculation » qui pourrait surprendre, paraître fort peu scientifique. Pourtant, du fait même de la nature des connaissances scientifiques que l’on a sur les changements climatiques, du caractère intrinsèquement hybride de leur effet sur nous (sur les écosystèmes, les activités humaines, les infrastructures…), des incertitudes en partie radicales qui leur sont inhérentes… l’adaptation est forcément plus un processus abductif (pour reprendre le terme de C.S. Peirce) que déductif. Si vous ne voyez pas de quoi il s’agit, pensez à Sherlock Holmes et à sa manière de résoudre les énigmes. Comment procède Holmes[14] ? Il part de traces, d’indices sur le terrain, mais il n’attend pas que tout s’emboîte parfaitement pour dérouler un raisonnement implacable. Assez vite il forme des versions possibles de ce qui aurait pu se passer, il spécule puis met à l’épreuve ses spéculations.
C’est aussi ce que fait magnifiquement bien la philosophe Vinciane Despret quand elle travaille avec les spécialistes en éthologie[15]. Il y a tellement de choses que l’on ne comprend pas encore dans le comportement animal – le territoire chez les oiseaux par exemple, la communication chez les fourmis – qu’elle épaissit une pensée, une expérience du monde en laissant cohabiter les hypothèses crédibles qui ont pu être formulées et restent non invalidées. Vinciane Despret va même plus loin, en s’appliquant justement à laisser le plus de possibles ouverts, à ne surtout chercher à en imposer une sur les autres car cela enrichit le monde, rend plus disponible à sa pluralité ontologique.
Pour revenir à l’adaptation, c’est vraiment comme cela, comme des enquêtes, forcément collectives que je vois les démarches à engager. Des enquêtes prospectives ancrées dans ce que l’on sait, du passé, du présent et du futur, qui font dialoguer les réalités physiques, sociales et écologiques en futur ouvert. Cela demande aussi, pour les scientifiques comme pour ceux qui cherchent à s’adapter, à prendre le temps, le temps de ne pas avoir de réponse unique et immédiate, à explorer ensemble les possibles à comprendre les problèmes. C’est très loin d’une interaction « guichet », du type « problème-solution ».
Maintenant que j’ai commencé à aller laisser de côté l’image d’une science pure et distante, je vais ajouter un élément. On a aussi besoin des sciences (ou plutôt des scientifiques) dans les processus d’adaptation qui se laissent toucher par les effets du changement climatique et qui s’engagent avec ceux qui veulent préserver, protéger ce à quoi ils tiennent. On peut être chercheur, chercheuse, se sentir affecté (en colère, triste, concerné) par un sujet et vouloir se mobiliser scientifiquement dessus sans rien abandonner de sa rigueur. C’est même le rôle que l’on doit attendre des scientifiques dans les démarches d’adaptation : aider à penser contre ses biais de confirmation, à objectiver des ressentis, à questionner…
Dire qu’initier un processus d’adaptation c’est inviter à co-enquêter sur les façons dont ce à quoi l’on tient (une forêt, une pratique agricole, une maison en bord de mer …) est concerné et répond aux évolutions du climat pour modeler cette réponse, c’est accepter un exercice qui n’a rien de simple. Décrire les chaînes d’impact rigoureusement et minutieusement, considérer les futurs climatiques, comprendre la complexité des interactions sans verser ni dans l’hyperbole ni dans l’euphémisme ; sans céder à la confirmation de ses préjugés (« on ne pourra plus jamais rien faire pousser ici » ou au contraire « on a toujours connu ça ») demande rigueur et méthode. En se mettant en enquête avec ceux qui sont touchés en premier lieu par telle ou telle altération du climat ce n’est pas leur dire ce qu’ils ont envie d’entendre et aller chercher pour eux tous les arguments scientifiques qui confirmeraient leur vision (même si on la partage) mais bien à mettre à l’épreuve leurs hypothèses implicites, parfois à penser contre eux-mêmes, à discuter des questions posées, parce qu’au terme de ce processus c’est ça qui rendra leurs propositions plus robustes, qui les rapprocheront de certains alliés.
Dans le cadre d’un projet auquel je participais, j’ai eu l’occasion de documenter une situation dans laquelle un collectif d’habitants d’un quartier se mobilisait pour faire évoluer un très gros projet d’aménagement (porté par l’État, les collectivités, un grand gestionnaire immobilier). La principale crainte de ces riverains – fondée sur ce qu’avait été leur expérience du confinement pendant la pandémie de covid 19 – était que la trop faible place donnée aux espaces verts dans le nouveau projet rende le quartier difficilement vivable l’été. A l’aménageur qui leur exposait les résultats des calculs de bureaux d’études, ils opposaient les mesures qu’ils avaient réalisé thermomètre en main dans un quartier voisin, récemment réaménagé sur le même format. Pour des connaisseurs, une mesure de température de ce type ne signifie pas grand-chose (quelle fiabilité du thermomètre, réalisée à quelle heure, au soleil ou à l’ombre, à l’abri du vent, à quelle distance du sol… ?). Ne pas la considérer a néanmoins pu passer pour une disqualification de l’expérience même (du vécu) de ces habitants qui très sincèrement pouvaient affirmer avoir trop chaud, ne pas se sentir bien l’été dans ces espaces, qui de façon tout à fait pertinente ont raison de s’inquiéter de comment les lieux de vie en cours de création réagiront aux vagues de chaleur futures. Enquêter avec eux, à cet endroit, aurait par exemple pu signifier travailler à une campagne de mesure thermique respectant les protocoles scientifiques pour objectiver avec eux ce vécu et faire en sorte qu’ils puissent avoir une portée différente dans un débat technique avec des professionnels de la ville pas complètement fermés à faire évoluer leur projet.
Cet exemple montre aussi qu’il ne s’agit pas de « faire de la pédagogie » pour expliquer les projections climatiques ou les chaînes d’impacts aux personnes concernées mais de penser avec elles quoi en faire. C’est pour cette raison que je parle d’invitation à co-enquêter. Comme le dit Vinciane Despret, enquêter c’est « augmenter sa capacité à être sollicité », ceux avec qui on le fait ne sont pas des informateurs anonymes mais des gens avec qui penser ensemble qu’il faut à tout prix éviter d’assigner à un rôle (d’opposants ou d’ignorants par exemple). Pour Vinciane Despret, une enquête réunit une « communauté d’inquiétude » avec qui il s’agit de réfléchir aux bonnes questions, de collecter des informations mais aussi d’expérimenter des réponses.
On retrouve là une conception de la science qui rejoint (renouvelle ?) celle de la médiation scientifique telle qu’elle est développée, travaillée, pratiquée par les associations d’éducation populaire – comme les Petit Débrouillards – depuis des années. Les exemples de pratiques de ce type sur des sujets d’adaptation au changement climatique existent déjà et pourraient largement trouver à se développer. On peut par exemple penser aux activités à l’école de l’association InfoClimat[16].
Les situations qui pourraient donner lieu à de telles enquêtes sont nombreuses. Dans le cadre des ateliers Où Atterrir ? auxquels j’ai la chance de participer depuis 2020, on commence toujours par demander aux participants de répondre à la question suivante : « pouvez-vous identifier quelles entités ou activités essentielles à votre existence dont vous avez appris que le maintien était menacé ? ». Parmi les types de réponses les plus récurrentes on trouve des entités liées à l’eau (une rivière, un lac, une source…) ou des forêts soit deux objets éminemment complexes d’adaptation. On peut alors se demander, à quoi ressemblerait une (co)enquête collective sur l’adaptation d’un cours d’eau ? d’une forêt ?
Est-ce que cela ne serait pas passionnant de travailler avec des collectifs de citoyens mais aussi de professionnels (de bûcherons, d’entreprises, …) sur les décisions de gestions d’espaces boisés ? Les temps longs de la forêt rendent critique chaque choix d’intervention dont les effets attendront parfois des dizaines d’années avant d’être visibles – on ne peut que très peu compter sur la réversibilité. Et l’incertitude sur la façon dont le vivant (arbres mais plus largement écosystèmes forestiers) répondra aux évolutions du climat rend aussi très difficile de faire des choix simples, unilatéraux que l’on sait robustes. Pourtant des outils existent pour modéliser comment pourraient se comporter des essences ou des peuplements dans un climat modifié. Il n’est juste pas possible de prendre leurs résultats pour argent comptant, il faut composer avec l’incertitude qui leur est intrinsèque. Et c’est justement cette complexité qui, de façon peut être contre-intuitive, devraient obliger à l’exploration collective des possibles, justement parce qu’il y a des choix à faire qui n’ont rien d’automatismes techniques, d’optimisations simples. Justement dans le « jeu » que laisse l’incertitude, il y a la place pour les valeurs, les éventualités à laisser ouvertes (en misant sur la diversité, l’expérimentation, l’accompagnement…). Des démarches de ce type existent déjà,ce n’est pas forcément hyper innovant. Il existe des endroits où ça fonctionne, en forêt mais aussi sur le littoral ou en montagne par exemple. On appelle ça co-construction, transdisciplinarité, living labs… certaines institutions comme les Parcs Naturels Régionaux les portent très bien mais c’est encore marginal ou pas forcément présenté comme le parangon d’une démarche d’adaptation, comme quelque chose de pas assez structuré, rigoureux, net. Il faut les valoriser plus, mieux comme ces co-enquêtes nécessaires, comme le modèle de base pour l’adaptation.
Je remarque d’ailleurs que souvent, c’est ce à quoi les experts viennent sur le tard ou de façon très empirique, avec l’expérience quand on se rend compte qu’en fait, c’est la seule façon de faire qui puisse fonctionner. Quand on est apprenti scientifique ou que l’on commence à militer ce ne sont pas les cadres que l’on a appris à avoir. C’est pour cela que j’ai envie d’en parler, d’adresser cette invitation.Il y a des tas d’endroits où cela ne se fait pas encore, où ce n’est pas porté, ni par le monde institutionnel ni par le monde scientifique – où il n’y a pas de collectifs constitués prêts à faire émerger ces enquêtes.
J’ai commencé il y a quelque mois, une étude de cas portant sur l’adaptation des activités agricoles aux sécheresses dans les Pyrénées Orientales. Alors que la situation commençait doucement à s’améliorer après plus de deux ans de manques très forts de précipitation (2022-2023), je voulais comprendre comment les acteurs, sur place, arrivaient à dépasser la gestion de l’urgence et à considérer qu’une telle situation ne serait plus forcément une anomalie dans le climat futur. J’ai conduit pas mal d’entretiens, récolté différentes perspectives. Par exemple celle de cet agriculteur, très investi dans la gestion de crise pour qui l’adaptation à la sécheresse est une question de capacité à encaisser plus de ces crises. Il ne conçoit pas le département sans son agriculture et pour lui le défi c’est de continuer à pouvoir produire en « sécurisant la ressource » ce qui passe par des aménagements. Ou encore celle de cette responsable associative, qui essaye d’expérimenter d’autres cultures comme la pistache pour qui la question c’est celle de la multiplication des productions, fussent-elles de niche. Quand je fais ces interviews, je suis invité à manger chez l’un, à visiter l’exploitation de l’autre et j’ai envie de prendre tout le monde au sérieux. Mais je ne peux pas non plus oublier ce que je lis dans les rapports des scientifiques, ce que je sais des réalités économiques. J’aurais envie de challenger, de poser des questions : cela veut dire quoi plus de crises, quelle fréquence ? Des aménagements, quels impacts ? A quelles conditions la pistache est une filière viable, combien de personne elle peut faire vivre ? Je sais que mes interlocuteurs n’ont souvent pas encore les réponses, je ne cherche pas à leur poser des colles mais aimerais les chercher avec eux ou bien qu’ils m’expliquent en quoi d’autres questions leur semblent plus pertinentes ou plus pressantes. Pour trouver ces réponses, on aurait à la fois besoin de mobiliser leurs connaissances empiriques, pratiques, professionnelles et toute un panel de savoirs experts issus des sciences du climat, de l’hydrologie mais aussi de l’histoire (pour comprendre des siècles d’aménagements hydrauliques dans le département qui sont allés jusqu’à créer la nappe superficielle actuelle[17]) ou encore de l’économie pour comprendre ce que l’on compte, à quelles conditions des projets, des filières peuvent être viables, ce que sont ces analyses coûts-bénéfices (sans confondre une analyse de rentabilité financière avec une évaluation socio-économique)… A date, il n’y a pas de vision commune de l’avenir du modèle dans ce département. Au début de mon exploration j’avais l’espoir que l’enquête qui me parait nécessaire puisse être portée par l’une ou l’autre des institutions légitimes (la chambre d’agriculture, la Région, le Département…) par exemple sous la forme d’une étude prospective. En réalité, de multiples études ont été lancées mais sans vraiment réussir à croiser ces perspectives et ces savoirs, dans des schémas trop figés. C’est exactement dans ce type de situations que je suis convaincu qu’il faut co-enquêter, que notre agriculteur enquête avec un climatologue et un hydrologue sur l’évolution de variabilité climatique ; que tous se mettent à discuter des composantes auxquelles accorder de la valeur dans l’analyse socio-économique…
Le sens que je donne au mot enquête depuis tout à l’heure[18] dépasse largement celui d’un simple d’exercice de collecte d’information ou de documentation. Enquêter se fait directement au travers de l’expérience en se rendant sensibles, attentifs aux conséquences de chaque action, de chaque décision. Et si j’insiste sur la dimension collective de l’enquête, si je dis co-enquête, ce n’est pas simplement pour la complémentarité des expertises ou des points de vue mais aussi parce que les expériences d’adaptation, nos façons de répondre aux évolutions du climat, ont des conséquences collectives. L’adaptation par l’enquête c’est aussi collecter le collectif (je reprends là une formule de Bruno Latour) de toutes celles et tous ceux qui sont affectés par les choix qui seront faits, parfois de manière très indirecte. Ces choix n’ayant souvent rien d’automatique (comme je l’illustrais pour la forêt), reflétant également des préférences et ce à quoi ceux qui les font accordent de la valeur on a là tous les ingrédients d’un objet proprement politique. Et c’est probablement ce qui rend ces questions aussi difficiles et aussi passionnantes : elles exigent à la fois de mobiliser des savoirs pluriels et complexes et sont très politiques. D’une certaine manière l’adaptation est même la mise en politique de ces savoirs qui ont pour cela besoin d’interprètes, de portes paroles. Il faut verser au collectif, au débat public, aux processus de gestion et de décision les spéculations fondées évoquées plus hauts, celles qui auront passé les mises à l’épreuve.
Toutes ces dimensions mises bout à bout, on comprend que la démarche d’adaptation relève autant de l’observation, de la description, de la collecte de traces et d’indices que de prospective, d’interrogation et même d’assemblage, de médiation, de composition voire de diplomatie et de négociation. Elle implique parfois de prendre des risques pour faire bouger des positions, pour réussir à articuler et à faire tenir ensemble, elle ne peut pas toujours rester dans le couloir d’une certaine vision techniciste et rationalisante.
Conclusion
En résumé, ce que j’ai essayé d’exprimer est que l’on a besoin de sciences de l’adaptation pas pour nous aider à trouver la bonne trajectoire ni optimiser nos réponses mais au contraire pour épaissir notre compréhension de nos interactions avec le système climatiques et les écosystèmes, enrichir notre perception des changements en cours et de leurs conséquences, rendre palpables les possibles climatiques futurs, nous aider à mieux ressentir[19]. Cela pour une adaptation qui ne soit ni ne passive, ni déterministe mais une dialogique de l’écoute et de la décision pour reprendre l’image de Gilles Clément, du jardinier. En cela, nous avons besoin des sciences comme des arts, chacun avec toutes ses spécificités, leurs exigences, chaque pratique pluralisant nos manières d’être au monde – nous donnant des clés plus fondamentales, enrichissent les expériences et l’expérience qu’est la vie, explorent des voies, touchent des absolus. Je trouve qu’il y a une certaine beauté à ça.
[1] J’ai commencé à y travailler à partir d’un cas particulier : celui d’une entreprise qui a, a priori tout intérêt à tenir compte de ces résultats car, de par la nature même de ses activités, elle investit à long-terme : la SNCF.
[2] Tout cela est très bien raconté dans des ouvrages d’historiens. Voir par exemple The Vast Machine ou les travaux de Fabien Locher.
[3] J’ai même eu la chance de rencontrer et d’échanger avec Jean-Louis Lemoigne, un de ceux qui se sont engagés pendant des décennies pour faire connaître et enseigner ces grilles de lecture.
[4] https://www.i4ce.org/publication/adapter-france-quatre-degres-moyens-besoins-financements-climat/
[5] Hamant, O. (2023). Antidote au culte de la performance : la robustesse du vivant (pp. 1-63). Gallimard.
[6] Corbin, A. (2013). La pluie, le soleil et le vent. Une histoire de la sensibilité au temps qu’il fait. Aubier.
[7] Sans dire qu’il n’y a pas de progrès scientifiques à faire dans la modélisation (et je suis convaincu que l’ensemble des composantes d’un projet comme TRACCS sont utiles)
[8] Dans une conférence de 201 à LUMA notamment https://www.luma.org/fr/live/watch/pour-une-nouvelle-geographie-74f446b4-cafd-41b6-a6ef-209eacb4cf5e.html.
[9] Le processus de paramétrisation a été bien capté et bien décrit par exemple par la sociologie des sciences – voir par exemple les travaux d’Hélène Guillemot. Guillemot, H. (2007). 4. Les modèles numériques de climat. In Les modèles du futur (pp. 91-112). La Découverte.
[10] Les dynamiques disciplinaires au sein du GIEC offrent un bon indicateur de ces évolutions. Sur ce sujet, voir par exemples les travaux de Guillaume Simonet. Simonet, G. (2015). Une brève histoire de l’adaptation : l’évolution conceptuelle au fil des rapports du GIEC (1990-2014). Natures Sciences Sociétés, (Supp3), 52-64.
[11] https://www.paris.fr/pages/paris-50-c-un-exercice-grandeur-nature-pour-se-preparer-aux-chaleurs-extremes-24322
[12] Qui avait auparavant été expérimentée par un test à petite échelle sur le 13ème arrondissement de la capitale
[13] https://theses.fr/2019SACLV015 – cf. chapitre 5 (p143).
[14] Lorino, P. (2016). 6. De Skerlock Holmes au lean management: théorie et pratique, deux dimensions inséparables de l’enquête. In À la pointe du management (pp. 123-142). Dunod. ; Eco, U., & Sebeok, T. A. (2015). Le signe des trois: Dupin, Holmes, Peirce. Presses universitaires de Liège.
[15] Despret, V. (2019). Habiter en oiseau. Éditions Actes Sud.
[16] https://www.infoclimat.fr/pedagogie/
[17] Voir par exemple les travaux d’Yves Escape ou de Alice Ingold
[18] Un sens inspiré des écrits du philosophe américain John Dewey https://enquetesadaptation.wordpress.com/
[19] On pourrait dire en cela que les sciences de l’adaptation dont je rêve sont « géopathiques » pour reprendre le néologisme proposé par Bruno Latour dans un de ses derniers chantiers repris par ceux qui ont travaillé avec lui.