Quelles compétences pour l’adaptation ?

Dans le cadre d’une formation que j’avais à préparer ces derniers jours, je suis revenu sur une des questions qui motivent mon travail depuis 10 ans : de quelles compétences nos organisations ont-elles besoin pour mieux se préparer aux impacts du changement climatique ?

Quelques petits éléments de réponse auxquels je ne cesse de revenir :

>Une expertise « climat » et des compétences de médiation scientifique. Face à la mine de connaissances scientifiques dont on dispose (jetez un œil à Drias Climat ou aux livrables du projet Explore 2 par exemple, quelle richesse !!) on perçoit vite le besoin d’apprendre à s’en servir. Pour beaucoup d’organisations c’est une matière nouvelle, peu habituelle. Manipuler des indicateurs climatiques, comprendre des chaines d’impacts, s’y retrouver dans les jeux de projections ne s’invente pas et peut-être un peu impressionnant. Heureusement il existe des gens dont c’est la spécialité (et même des formations dédiées, ex. https://meteofrance.fr/enm/nos-formations/formations-ouvertes-tous) et sans dire que toutes les organisations devraient internaliser leur propre service climatique (certaines grosses pourraient y songer), toutes devraient avoir en leur sein ou facilement mobilisables des personnes capables de dialoguer avec les services existants, de faire le pont avec le monde scientifique.

>Des compétences d’enquête et de prospective. Celles-ci sont même les toutes premières indispensables car au cœur de toute démarche d’adaptation il y a la capacité à animer un exercice collectif d’analyse des vulnérabilités et d’anticipation. Or analyser ses vulnérabilités ce n’est pas que faire des cartes d’exposition (bien qu’un peu de SIG soit souvent utile), c’est aussi voire surtout enquêter sur ses relations aux conditions climatiques, décrire ses sensibilités en dialoguant avec tous les métiers, en étudiant l’histoire de l’organisation, en comprenant finement ses ressorts stratégiques, son implantation sur un territoire, en mettant à profit les retours d’expérience d’évènements récents, etc. Il s’agit de disposer des bons « capteurs » y compris qualitatifs, humains pour détecter les tendances et les signaux faibles, comprendre ce qui est en train d’arriver et interroger ce qui pourrait arriver. Il s’agit d’identifier les tendances lourdes, les germes de changement, les incertitudes majeures à explorer… pour ensuite mettre tout cela en dialogue avec les futurs climatiques possibles (grâce notamment aux médiations du point 1) ; mise en dialogue qui peut passer par de la mise en récit, du travail par scénarios, etc.

>Une expertise d’aide à la décision incertitude. Peut-être pas systématiquement mais au moins dans les organisations qui doivent faire des choix lourds et très engageants à long terme. Dans ce cas la manipulation d’outils, y compris économiques, d’aide à la décision qui permettent d’évaluer les différentes options qui se proposent et pas uniquement sous le prisme des critères d’optimisation habituels mais en tenant compte de la robustesse, de l’adaptabilité, dans de très nombreux futurs possibles peut se révéler bien utile. Car oui, il existe des méthodes pour ne pas être bloqués dès que l’on a plusieurs dimensions incertaines, elles sont souvent peu connues/peu utilisées en France mais certains acteurs (de la défense par exemple ou d’autres pays) les utilisent déjà largement #DMDU https://www.deepuncertainty.org/.

On le comprend vite, ces compétences ne sont pas des silos isolés. L’adaptation est un sujet résolument interdisciplinaire. Aux compétences techniques s’ajoutent nécessairement des compétences d’animation et de facilitation. Je suis par ailleurs convaincu qu’il s’agit de besoins de temps long qui valent le coût de réels apprentissages organisationnels (en embauchant par exemple de nouveaux profils*, en permettant à des agents/salariés de développer ces nouvelles compétences). Des prestataires peuvent parfois fournir un appui très utile, des organismes de référence, supports de l’accompagnement sont nécessaires (cf.https://www.i4ce.org/publication/prochaine-etape-cle-pour-service-public-adaptation-climat/) mais je ne crois pas que la stratégie d’adaptation puisse se faire uniquement de l’extérieur.

Je vois émerger pas mal de formats de sensibilisation très chouettes, des formations à des outils comme les diagnostics de de vulnérabilité ; moins les moyens de cette montée en compétence collective. Je l’imagine comme un espace de co-apprentissages, de compagnonnage dans la durée aussi entre ceux qui font, de mélange des profils et des expériences. Quelque chose à construire ?


Initialement publié sur LinkedIn https://www.linkedin.com/pulse/quelles-comp%C3%A9tences-pour-ladaptation-au-changement-vivian-d%C3%A9poues-0wr0f

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